Lassées de l’hyper-médicalisation de l’accouchement à l’hôpital, de plus en plus de femmes se tournent vers l’accouchement à domicile ou AAD.

 

Devant le retour en force de l’accouchement à domicile, nous nous sommes interrogés sur les avantages et les inconvénients de ces deux formes d’accouchements différentes, mais pas opposées. Pour t’aider à faire votre choix, voici l’enquête de la rédaction..

L’une des motivations : une alternative à la sur-médicalisation

S’il a pu donner l’image d’une pratique appartenant au passé, l’accouchement à domicile revient de plus en plus à la mode. En effet, de nombreuses femmes n’ont plus envie de l’environnement froid et aseptisé de l’hôpital, et souhaitent revenir à l’accouchement à domicile. Etre bien au chaud chez soi, accoucher en étant bien installée dans son lit et se réveiller dans sa propre chambre, la perspective en fait rêver plus d’une.

Se réapproprier son accouchement

Pas de péridurale, pas de blouses blanches, pas de salle éclairée au néon… C’est aussi ça, un accouchement à domicile. Un moyen de se réapproprier son accouchement, de le vivre d’une façon plus intime, et qui nous ressemble peut-être plus. Cela peut être une façon de donner corps à ce que l’on vit : un événement extraordinaire et unique, et non une simple procédure réalisée presque mécaniquement.

Flexibilité et écoute de ses envies

En consultant de nombreux témoignages de mères ayant choisi l’AAD, nous avons constaté un élément récurent dans leur discours : être à la maison, c’est oublier les protocoles, et donc être flexible. C’est aussi pouvoir prendre un bain chaud, manger un repas cuisiné avec amour par son compagnon peu avant le début du travail… Tu aménages le temps comme tu le souhaites, ce qui peut te permettre d’être bien plus détendue que dans le cadre des contraintes parfois anxiogènes qu’imposent les hôpitaux

Le mode d’emploi de l’accouchement à domicile

Qui peut accoucher à la maison ?

Accoucher à la maison est un choix, mais il ne peut se faire qu’à certaines conditions. Afin d’éviter les risques et complications au maximum, seules les femmes ayant vécu une grossesse sans aucune complication et ne présentant aucun risque peuvent envisager cette solution. Grossesses gémellaires, mamans ayant le diabète ou faisant de l’hypertension, tu peux oublier cette option : trop dangereuse pour toi comme pour ton bébé.

Attention à la pénurie des sages-femmes

sage-femmeLors d’un accouchement à domicile, avant tout, une sage-femme doit être présente du début à la fin. Accoucher seule chez soi est un acte extrêmement dangereux avec de nombreux risques pour la maman (hémorragies, infections…). Aussi, si tu choisis de rester chez toi, ne pense à aucun moment pouvoir te dispenser de personnel médical. En France, il existe une réelle pénurie de sages-femmes pratiquant les accouchements à domicile, et ce à cause de la loi Kouchner qui exige de leur part une assurance dont le coût annuel oscille entre 19 000 et 25 000€. Rares sont donc les sages-femmes qui disposent d’une telle assurance, et celles exerçant à domicile sans la posséder s’exposent à des amendes allant jusqu’à 45 000€. Voilà donc une première épreuve si tu souhaites accoucher à la maison : trouver une sage-femme ! La présence d’un médecin gynécologue, quant à elle, est souhaitable mais pas obligatoire.

Un accouchement sans péridurale

Autre facteur à connaître pour votre prise de décision : un accouchement à domicile se fait de façon « naturelle ». Pas de péridurale possible, donc, si vous choisissez cette solution. Pour certaines, l’accouchement dans la douleur est un moyen de se connecter avec son bébé, de vivre pleinement son accouchement, et de ne pas en « diluer » les effets avec une anesthésie. Pour d’autres, il est tout simplement impensable d’accoucher sans péridurale, si celle-ci est possible ! C’est donc à toi de t’interroger sur votre souhait et sur vos envies pour ce moment unique.

Pense à tout en cas de souci

Si tu accouches chez toi, pense à t’inscrire au préalable dans une maternité (celle à laquelle est affiliée ta sage-femme par exemple). Tu pourras y constituer un dossier, rencontrer l’anesthésiste et réaliser les analyses nécessaires en cas de complication. Ainsi, s’il s’avère nécessaire pour toi d’être hospitalisée en cas de problème, tu pourras être prise en charge sans problèmes à la maternité, sans risques pour toi ni pour le bébé.

Un accouchement à domicile, combien ça coûte ?

Un accouchement à domicile n’est remboursé qu’à hauteur de 300€ par la sécurité sociale. Or, une sage-femme vous coûtera environ 1000€. Prévoyez donc un supplément de 700€ si vous optez pour cette solution.

Interview de Sarah Esquerré, sage-femme

Toutes ces informations ne suffisant pas forcément à se faire un avis sur le question, nous avons demandé à Sarah Esquerré, sage-femme à l’hôpital Joseph Ducuing à Toulouse, de nous donner son avis sur la question. Alors Sarah, que penses-tu de l’AAD ?

Un accompagnement plus personnalisé

sage-femme« Je trouve que l’accompagnement est plus optimum, plus personnalisé, unique pour chaque couple. L’environnement est d’office plus sympa, plus rassurant, c’est une sorte de cocon, le fait d’être à la maison. La patiente n’est pas « polluée » par tous les gestes médicaux qu’elle pourrait subir dans une grosse structure hospitalière. Elle est au centre, avec son conjoint, de son accouchement, elle en est véritablement l’actrice. Elle peut prendre les positions qu’elle souhaite et bénéficie d’un accompagnement de tous les instants par la sage-femme qui n’est là que pour elle. Je pense qu’aujourd’hui, il y a un retour vers cette demande, car les structures hospitalières ne peuvent pas proposer un tel accompagnement et que les femmes se retrouvent ramenées parfois à un vulgaire « numéro de chambre » sans aucune compassion, ni soutien personnalisé. Les patientes ne peuvent pas mettre en pratique ce qu’elles ont vu en préparation à la naissance, se sentent seules et finissent par être « obligées » de subir tel ou tel geste médical qu’elles n’auraient peut être pas souhaité de prime abord.

Par contre attention aux risques

Toutefois, je ne suis pas pour l’accouchement à domicile jusqu’au bout. Je m’explique : je trouve qu’il y a trop de risques à pratiquer la poussée à domicile. Le risque d’une réanimation néonatale est trop grand et les gestes à pratiquer sont techniques et méritent une prise en charge hospitalière. Les risques inhérents à l’accouchement en lui-même sont trop grands (hémorragie du post-partum par exemple où il faut agir dans les minutes qui suivent).

Une alternative très intéressante : l’accouchement en plateau technique

Je suis plus pour ce qui se pratique de plus en plus, l’accouchement en plateau technique. Le travail se fait à la maison en toute sécurité avec la sage-femme et lorsque la patiente est en fin de travail, le couple et la praticienne se déplacent dans une structure hospitalière où elles sont accueillies dans une salle dite « nature » mais avec tout le matériel nécessaire si besoin, et où l’accouchement se pratique. Le couple et le bébé restent alors quelques heures en surveillance et rentrent ensuite à la maison avec un suivi post-partum pendant les jours qui suivent par la sage-femme. Je trouve que c’est un bon compromis entre prise en charge personnalisée et sécurité.

Sans vouloir prêcher pour ma propre paroisse, je peux vous dire que certains établissements de santé tel que celui où je travaille à l’Hôpital Joseph Ducuing à Toulouse, proposent une prise en charge personnalisée de chaque patiente avec un respect de ses choix, aucune obligation tant que ses désirs ne mettent pas en cause sa propre sécurité, ni celle de son bébé. Ces structures sont de plus en plus rares aujourd’hui mais elles existent et c’est comme cela que devrait être la naissance et l’accompagnement de celle-ci ! »

Maintenant si tu es intéressée, cela vaut la peine de chercher des établissements qui proposent ce type d’accompagnement.

Voilà, tu as désormais toutes les cartes en main pour choisir le lieu de votre accouchement ! A la maison ou à l’hôpital, cela reste un choix très personnel qui doit être fait avec une pleine connaissance de ce que cela implique. Dans un autre volet de notre série d’articles sur les accouchements, nous développerons le sujet des Maisons de Naissance, concept proche des plateaux techniques mentionnés par Sarah Esquerré, et qui devrait arriver en France très prochainement.

N’hésite pas à nous donner des retours sur ta propre expérience de l’accouchement, à l’hôpital ou à la maison !

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